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L'Histoire / 1937 & 1938
1937 & 1938
1937

Ysaÿe avait dès les années 1900 des idées bien arrêtées sur ce que devrait être un concours international. Ami d'Anton Rubinstein, il connaissait le concours qui portait son nom, et dont plusieurs amis et partenaires du violoniste, à leur tour, avaient été lauréats : Ferruccio Busoni, Émile Bosquet... Le Concours Rubinstein, quinquennal et destiné aux pianistes et compositeurs, n'avait pas été remplacé après la Révolution russe ; quant au concours Chopin de Varsovie, fondé en 1927, on pouvait le considérer comme un modèle de concours de piano, mais par essence et exclusivement destiné à faire découvrir les meilleurs interprètes de Chopin, ce que le concours Liszt à Budapest, fondé en 1933, sera ensuite à Liszt.

Ce qu'Ysaÿe désirait était un concours pour jeunes virtuoses, au programme extrêmement large incluant la musique contemporaine, permettant de mettre en évidence la maturité technique et artistique des candidats et de les lancer dans la carrière. Dans cette optique, il avait l'idée d'un imposé inédit, à étudier en loge sans l'aide de quiconque, et surtout pas d’un professeur : le test ultime.

La reine Elisabeth ne pourra porter un tel concours sur les fonts baptismaux du jour au lendemain. Ysaÿe meurt en 1931, peu après la création de la Fondation Musicale Reine Elisabeth. La crise économique, le décès accidentel du roi Albert puis de sa belle-fille la reine Astrid, remisent ensuite, provisoirement, tout projet artistique d'envergure. En 1937, le premier concours Ysaÿe peut cependant avoir lieu. Un jury international d'un niveau exceptionnel accepte avec empressement l'invitation. Les épreuves comprennent des œuvres imposées, mais non inédites ; les candidats affluent. Le prestige du nom d'Ysaÿe joint au prestige de la Cour de Belgique - feu le roi Albert et la reine Elisabeth figurent parmi les héros les plus universellement admirés de la première guerre mondiale - rassemblent à Bruxelles l'élite du violon.

David Oistrakh en 1937
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Les résultats de l'épreuve causeront une impression profonde : l'école soviétique, avec une assurance qui frise l'arrogance, remporte toutes les palmes à commencer par la première place. Celle-ci échoit en effet sans discussion au grand David Oistrakh. Le reste du monde récolte les miettes ; l'école belge du violon, dont on s'enorgueillit encore, échoue. Son absence en finale est très remarquée : Arthur Grumiaux et Carlo Van Neste, jeunes et inexpérimentés, n'ont pu convaincre le jury.

1938

Le succès de la première édition du concours Ysaÿe déterminera la suite des événements. Relayé par la radio, le concours trouve d'emblée son public, et le mélange de sportivité et de qualité artistique de l'événement fidélise immédiatement les amateurs. Dès 1938, une deuxième édition a lieu, cette fois destinée au piano. Et les enseignements sont identiques : sans doute Moura Lympany (qu'on appelle encore, alors, Mary Johnstone) parvient-elle à se glisser entre Emil Guilels (1er) et Jacob Flier (3e) ; sans doute encore, l'ensemble du palmarès parait-il plus équilibré (un Belge, André Dumortier, s'y inscrit d'ailleurs brillamment à la suite d'un tout jeune pianiste italien, Arturo Benedetti-Michelangeli, classé 7e) ; mais l'école soviétique sort une nouvelle fois la tête haute et l'œil quelque peu condescendant.

David Oistrakh membre du jury de la session de violon 1959 (2eme en partant de la droite)
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C'en est trop. Avant que la guerre n'éclate, grâce à l'aide d'un mécène éclairé et généreux, le baron Paul de Launoit, la reine Elisabeth inaugure une institution musicale audacieuse, calquée sur le modèle soviétique, et destinée à améliorer sensiblement les conditions de formation des jeunes artistes belges: c'est la Chapelle Musicale Reine Elisabeth, dont la bonne santé affichée aujourd’hui témoigne toujours de la validité. Quant au Concours, les circonstances voudront qu'il ne puisse plus avoir lieu jusqu'à nouvel ordre. La vie culturelle belge, bien qu'intense pendant la seconde guerre mondiale, entre dans une phase évidemment difficile. L'administrateur-directeur de la Fondation Musicale Reine Elisabeth, Charles Houdret, qui donne vie à tous les projets musicaux de la reine, s'embourbe dans des scandales financiers ; la fondation est réduite à néant. La famille royale belge vit des jours pénibles et inattendus dans l'immédiat après-guerre : deux des enfants de la reine Elisabeth - Léopold III et Marie-José, éphémère reine d'Italie - ne garderont pas leur trône ; quant au troisième, Charles, il assurera pendant cinq ans la régence en Belgique, mais, tout prince artiste qu'il soit, ne pourra éviter que cette période soit essentiellement basée sur la reconstruction économique et sociale du pays : c’était la priorité d'entre les priorités.
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